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Mainly research, journalistic work and kinda personnal thoughts

Currently working on : Capital and Finance: The Historical Role of the Bourgeoisie in Controlling Investment. Institutionalist and Socialist Approaches at Paris 1 Panthéon-Sorbonne univ.

Tools used : qualitative approachs (sociology, economics and some history of thought), econommetrics, bit of AI and coding.

Interests : sociology, heterodox economics (french instituionnalist and marxist literature)

You might find political views through science analyses, in a leninist use of science around ...

Cette page rassemble mes articles parus dans la presse — sur la répression universitaire, les politiques municipales, l'écologie, les mouvements sociaux. Les entrées sont classées de la plus récente à la plus ancienne, et chacune renvoie au texte intégral sur le site de la publication.

Certains de ces textes sont co-signés. Je les archive ici pour en garder une trace accessible et pouvoir y revenir.

Révolution Permanente — 7 juillet 2026 — Léon Lano

Acharnement répressif : l'université Lyon 2 suspend à nouveau Julien Théry pour son soutien à la Palestine

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Révolution Permanente — 26 février 2026 — Claire Larisse et Léon Lano

Expulsions, offensive sécuritaire, écologie bourgeoise : quel bilan pour la mairie écolo à Lyon ?

Lire sur Révolution Permanente ↗

Des notes plus libres : réflexions en cours, fragments, brouillons que je préfère laisser lisibles plutôt que de garder dans un tiroir. Rien n'est définitif ici.

Les textes sont datés et classés du plus récent au plus ancien. Ils se lisent directement sur cette page.

Ce que compter veut dire

On dit d'une chose qu'elle « compte » quand elle pèse dans une décision. Mais on ne compte jamais tout : compter, c'est d'abord choisir ce qui entrera dans le total et ce qui restera dehors. Le reste — le travail domestique, l'attente, l'usure — n'est pas nié, il est simplement laissé hors du cadre, et un chiffre finit par circuler comme s'il disait le tout.

La question intéressante n'est donc pas « ce chiffre est-il juste ? » mais « qu'a-t-il fallu ne pas voir pour qu'il tienne sur une ligne ? ». Presque toujours, la réponse est un type de travail que personne ne facture.

Note sur la lenteur municipale

La lenteur d'une administration locale n'est pas toujours de l'incompétence. C'est souvent une manière de répartir le refus : au lieu de dire non une fois, on dit « pas encore » de nombreuses fois, jusqu'à ce que la demande s'épuise d'elle-même. Le résultat est le même, la responsabilité est diluée.

Ce qui se donne à voir comme un problème d'organisation est alors, en réalité, une décision politique qui refuse de se nommer.

Sur la valeur d'usage du temps

On mesure le temps de travail parce qu'il se paie ; on ne mesure presque jamais le temps qu'il faut pour récupérer d'une journée de travail. Pourtant l'un ne va pas sans l'autre, et la frontière entre les deux se déplace sans arrêt selon qui a le pouvoir de la tracer.

Un salaire qui suppose que le repos, la garde des enfants et les trajets se règlent « en dehors » n'est pas un salaire neutre : il transfère silencieusement une part du coût sur ceux qui assurent ce dehors.

Karl — un assistant de rédaction adossé à un grand modèle de langage, entraîné pour écrire dans une ligne politique précise (celle du marxisme révolutionnaire) et sourcé sur un corpus que je constitue moi-même. Le nom est un clin d'œil ; l'ambition est sérieuse et limitée à la fois.

Ces notes de conception suivent le chantier : ce que fait l'outil, ce qui entre dans son corpus, comment il est construit, avec quel matériel, et où il en est. Rien n'est figé — c'est un carnet de travail autant qu'une présentation.

Un assistant qui écrit dans une ligne

La plupart des modèles de langage grand public sont entraînés à tenir une position centriste et prudente : ils reformulent, ils nuancent, ils renvoient dos à dos. Karl fait le pari inverse. C'est un assistant qui doit rédiger dans la ligne d'un courant marxiste révolutionnaire — reprendre son vocabulaire, ses catégories d'analyse, sa manière de nommer les rapports de forces — plutôt que de citer ce courant à distance ou de le résumer de l'extérieur.

Ce n'est pas un oracle ni un générateur de tracts automatique. C'est un outil de travail : aider à mettre en forme une analyse, retrouver une référence précise dans les classiques, vérifier qu'une formule tient la route par rapport à ce qui a déjà été écrit. La cohérence politique est un paramètre du système, pas un accident.

Le principe directeur de toute la construction est l'efficacité : obtenir le meilleur résultat pour le moins de calcul, de dépendance à des serveurs distants et de coût. D'où une architecture en couches, où chaque couche est utilisable seule et n'est ajoutée que si elle apporte une capacité que la précédente ne donne pas.

Le corpus : texte uniquement

Une règle non négociable gouverne la base : on ne stocke que du texte suivi. Pas d'images, pas de légendes ni de crédits photo, pas de vidéos ni d'embeds, pas de menus, de blocs « Lire aussi » ou de pieds d'article. Uniquement titre, auteur, date, chapô et corps rédactionnel en texte brut. Un article sans corps réel n'entre pas dans la base.

Le corpus repose sur quatre sources, toutes ramenées à un format unique. Les classiques marxistes viennent de la Marxists Internet Archive : Marx, Engels, Lénine et Trotsky au cœur, élargis à environ cent cinquante auteurs, soit près de 2 300 œuvres découpées en quelques milliers de fichiers. La presse fournit le registre contemporain : l'archive de Révolution Permanente (environ 37 000 articles), celle de NPA-Révolutionnaires (13 000 articles), et les 44 numéros de la revue Socialisme ou Barbarie, gardés comme corpus historique et théorique de référence.

Les sources dont la ligne politique diffère nettement de la source de référence sont conservées dans des collections séparées, jamais fondues dans le même ensemble : le but est que le modèle apprenne une ligne, pas une moyenne de lignes.

Trois couches : RAG, registre, préférences

Couche 1 — RAG. La colonne vertébrale, toujours active. Le corpus est découpé en passages courts, vectorisé et interrogé localement (ChromaDB + LlamaIndex + Ollama). À chaque requête, le modèle reçoit les passages réellement pertinents et répond en les citant. C'est ce qui donne des réponses sourcées et limite les inventions, sans aucun entraînement.

Couche 2 — SFT de registre. Le RAG fait citer ; il ne fait pas écrire dans la ligne. Un fine-tuning léger (LoRA sur un modèle 7B) apprend le style et les catégories à partir de paires question / réponse générées sur le corpus. L'adaptateur se branche par-dessus le RAG, jamais à sa place.

Couche 3 — boucle DPO. Une fois un socle stable, une boucle de préférences aligne le modèle sur des choix réels : à chaque lot d'évaluations, des paires « réponse retenue / réponse écartée » nourrissent un nouvel adaptateur. Le continued pre-training reste en annexe, à n'activer que si le registre reste faux après la couche 2.

Matériel et méthode

Le travail se répartit entre deux machines. Un ordinateur portable ordinaire porte tout ce qui tourne en continu : constitution du corpus, RAG, génération des jeux de données, supervision. Un serveur prêté par un camarade — plusieurs nœuds équipés de GPU AMD sous ROCm — n'est sollicité que ponctuellement, pour les runs d'entraînement LoRA.

Quelques choix de méthode structurent le pipeline : un seul runtime local (Ollama) pour les embeddings et la génération ; l'API Claude réservée à la génération en masse des paires question / réponse et au rôle de juge, là où elle est plus efficace qu'un modèle local ; du LoRA uniquement, jamais de réentraînement complet ; une ingestion incrémentale qui saute les fichiers inchangés ; un déclenchement des boucles par taille de lot, pas par calendrier.

La supervision passe par un juge automatique doublé d'un bot de validation : tant que le taux d'approbation n'est pas stable, chaque réponse douteuse remonte pour arbitrage ; une fois la qualité stabilisée, les notifications s'éteignent.

Où en est le chantier

À ce jour, les quatre sources sont récupérées, nettoyées et ramenées à un format JSON homogène, un fichier par document. Une campagne de nettoyage a retiré le boilerplate résiduel de l'archive de presse et marqué les articles sans corps réel. Reste une poignée de scans anciens sans couche texte à repasser à l'OCR.

L'étape suivante est le découpage atomique : transformer tout le corpus en passages courts sur frontière de paragraphe, avec leurs métadonnées, dans le schéma unique qui alimentera le RAG. Le RAG lui-même, puis les couches d'entraînement, viendront ensuite.

Autrement dit : la matière première est prête, l'outil ne l'est pas encore. Cet onglet suivra l'avancement.

Datasets I have built for an ongoing project — a reference library of Marxist classics and a large press archive, all cleaned down to plain running text. They are not published for direct download.

send me an e-mail and I'll send you the data you need !

  • Marxist classics — source library

    ≈177 works · Marx & Engels, Lenin, Trotsky · cleaned PDFs + catalogue

    The full source corpus of classic texts, with normalised filenames and a CSV / XLSX catalogue (author, title, date, category). Roughly 11 million tokens.

  • Marxist classics — chunked (JSONL)

    ≈22,500 passages · ≈512 tokens each · JSONL + per-document files

    The same corpus split into retrieval-sized passages, one JSON object per line, each with rich metadata (author, work, date, page, chunk index). Ready for embedding / RAG.

  • Marxist classics — chunked (JSON)

    ≈22,500 passages · single JSON array · 1:1 with the JSONL set

    Same chunked content, encoded as one JSON array plus a document index. For tooling that prefers a single JSON file.

  • Révolution Permanente — article archive (JSON)

    ≈27,000 articles · plain text · one JSON file per section

    Articles collected from revolutionpermanente.fr, stripped to title, author, date and body text — no images, embeds or navigation. Organised by section (politique, international, écologie, jeunesse…).

  • Révolution Permanente — Markdown corpus

    ≈25,000 files · one Markdown file per article · text only

    The same archive exported as clean, text-only Markdown files grouped by section — convenient for reading, diffing or feeding a pipeline that expects flat files.

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Travaux d'économie : séries, mesures, notes de lecture chiffrées.

Système macro d'utilité révolutionnaire — un modèle dynamique du potentiel de révolte, micro-fondé sur des fonctions d'utilité par classe sociale et calé sur les séries longues de la statistique publique, à la manière du modèle World3 de Meadows (Club de Rome, 1972).

Résumé

Le projet part d'une hypothèse : le potentiel de révolte d'une société n'est pas un accident, c'est une grandeur qui évolue, portée par des facteurs matériels et affectifs qu'on peut mesurer, coupler et suivre dans le temps. Certains sont directement observables — précarité de l'emploi et du revenu, insécurité alimentaire, conflictualité du travail. D'autres ne le sont pas — colère collective, défiance envers les institutions et les médias, conscience de classe, solidarités — et sont reconstruits à partir des premiers.

Chaque classe sociale, définie par le croisement de quatre axes (position socioprofessionnelle, rapport au capital, niveau de vie, capital scolaire), est dotée d'une fonction d'utilité. Le couplage de ces fonctions et des variables qui les nourrissent forme un grand système d'équations différentielles de moyen terme, dans la logique de la dynamique des systèmes — stocks, flux, boucles de rétroaction. Calé sur des séries historiques publiques (INSEE, DREES, DARES, SSMSI, CEVIPOF…), il reconstitue une trajectoire passée puis la projette.

On cherche à apprendre empiriquement deux choses : la force historique de chaque facteur — combien il a pesé, et quand — et son poids dans la fonction d'utilité propre à chaque groupe.

Présentation du projet (PDF) ↗

Cet onglet vise à établir une analyse facile d'accès au degré d'intensité de la lutte de classe dans la période récente. Chaque indicateur est choisit car il est illustratif d'une contradiction ainsi mise en valeur.

Le partage de la valeur ajoutée

1960–2024 INSEE · comptes nationaux base 2020 publié le 3 septembre 2026

La part de la valeur ajoutée des sociétés non financières qui revient au capital plutôt qu'aux salaires — un rapport de forces, pas un paramètre technique.

Compromis fordiste (1960-1973) — Salaires indexes sur les prix, quasi plein emploi : le taux de marge oscille autour de 30 %. Fordisme Erosion (1973-1982) — L'inflation pousse les salaires plus vite que la valeur ajoutee ; la marge tombe a 24,6 % en 1982. Erosion Tournant de la rigueur (1983-1988) — Desindexation des salaires, desinflation competitive : +8 points en six ans, la part salariale perd pres de 10 points. Rigueur Plateau financiarise (1988-2007) — La marge se stabilise autour de 32 %, un niveau qui ne sera plus jamais quitte durablement. Plateau Apres-crise (2008-2024) — Creux modere (30 % en 2013), bascule du CICE en allegements, volatilite inflationniste : retour a ~33 %. Apres-crise 22.0 24.0 26.0 28.0 30.0 32.0 34.0 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2024 32.8 %

Survolez une période pour afficher son explication.

Taux de marge des SNF : excédent brut d'exploitation rapporté à la valeur ajoutée, moyenne annuelle. Source : INSEE, comptes nationaux trimestriels base 2020, comptes des secteurs institutionnels (calcul EBE / VA des SNF).
Lecture

Trois régimes se lisent sur la courbe. Jusqu'au début des années 1970, le taux de marge fluctue autour de 29-32 % : c'est le rapport salarial fordiste, indexation des salaires sur les prix et quasi plein emploi. De 1973 à 1982, il s'effondre jusqu'à 24,6 % — l'inflation nourrit des hausses de salaires que le ralentissement de l'activité ne compense plus.

Le retournement de 1983-1988 est le fait marquant. En six ans, le taux de marge remonte de près de huit points ; sur la même période, la part des salaires dans la valeur ajoutée recule d'environ dix points (INSEE). Ce n'est pas un ajustement de marché : c'est l'effet d'une décision politique — désindexation des salaires, désinflation compétitive, modération salariale assumée. La valeur ajoutée est réallouée au capital, et le niveau atteint en 1988 ne sera plus jamais quitté durablement. Le plateau des années 1990-2000, le creux modéré de l'après-2008, la bascule du CICE puis la séquence inflationniste de 2021-2024 se jouent tous au-dessus de la ligne fixée au tournant de la rigueur.

Autrement dit : le partage de la valeur ajoutée est un rapport de forces cristallisé, et la marche de 1982-1983 en marque le déplacement.

La désindustrialisation

1960–2024 INSEE · comptes nationaux base 2020 publié le 3 septembre 2026

Le poids de l'industrie dans l'emploi : la base sociale sur laquelle s'est construite la conscience de classe du XXe siècle, et la mesure de son érosion.

Apogee industrielle (1960-1974) — Pres d'un emploi sur quatre dans l'industrie ; pic historique a 5,5 millions d'emplois en 1974. Apogee Premier choc (1974-1984) — Siderurgie, textile, mines : vagues de fermetures apres le choc petrolier ; la part passe sous 22 %. 1er choc Desindustrialisation gestionnaire (1984-2000) — Externalisation, automatisation, recentrage sur le coeur de metier : environ -1 point par an. Gestion Ouverture commerciale (2000-2008) — Concurrence des pays a bas couts salariaux et delocalisations : la part recule de 15 % a 12 %. Ouverture Plancher (2008-2024) — Stabilisation autour de 10 % ; l'emploi industriel en volume repart legerement apres 2016. Plancher 10.0 14.0 18.0 22.0 26.0 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2024 10.1 %

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Part de l'industrie (secteurs BE : manufacturier, extractif, énergie, eau et déchets) dans l'emploi intérieur total. Source : INSEE, comptes nationaux annuels base 2020, emploi intérieur par branche (personnes physiques).
Lecture

En 1974, l'industrie occupe 5,5 millions de personnes, près d'un emploi sur quatre. En 2024, elle en occupe 3,1 millions, un sur dix. La pente est presque ininterrompue : 22,8 % en 1980, 20,3 % en 1985, 16,2 % en 1995, 12,2 % en 2008, puis une stabilisation autour de 10 % depuis le milieu des années 2010.

Ce recul n'est pas la disparition de la classe ouvrière, c'est son déplacement et sa dispersion. Une partie du travail industriel a été externalisée puis recomptée en services — intérim, logistique, nettoyage, maintenance ; une autre a été délocalisée ; le prolétariat de service a pris le relais du prolétariat d'usine. Ce qui change, c'est la forme : des collectifs de travail plus petits, plus éclatés, moins syndiqués, où l'expérience commune qui faisait la force politique des bastions industriels se reconstitue mal.

Rapporté à la question du pouvoir, ce mouvement accompagne celui du graphique précédent : le reflux de l'emploi industriel affaiblit la bourgeoisie industrielle comme fraction et le mouvement ouvrier comme force organisée, au profit d'un bloc où le capital financier et la gestion pèsent davantage. Les deux courbes racontent, par deux entrées différentes, la même recomposition engagée au début des années 1980.

État

Dépenses publiques, fiscalité, appareil d'État, répression et réformes sociales.

Le poids de la dépense publique

1960–2023 INSEE · comptes nationaux ; Eurostat publié le 4 septembre 2026

La dépense publique totale rapportée au PIB — la mesure la plus directe de l'emprise de l'État sur l'activité économique, du compromis fordiste aux politiques d'austérité.

Construction de l'État providence (1960-1980) — Extension continue de la protection sociale et des services publics sous le compromis fordiste : 35 % a 46 % du PIB. Construction Crise et relance keynesienne (1980-1993) — Chomage de masse, plans de relance puis rigueur : la depense publique continue de croitre jusqu'a plus de 54 %. Relance Stabilisation sous contrainte europeenne (1993-2019) — Traite de Maastricht puis pacte de stabilite : la depense publique se stabilise autour de 55-57 % du PIB, l'un des niveaux les plus eleves de l'OCDE. Stabilisation Choc covid et normalisation (2019-2023) — Pic historique a plus de 61 % du PIB en 2020, puis reflux partiel autour de 57 %. Choc covid 30 40 50 60 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 ≈57 %

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Dépense publique totale (administrations publiques, au sens de Maastricht) rapportée au PIB, France. Source : INSEE, comptes nationaux ; Eurostat.
Lecture

La trajectoire de longue durée est celle d'une extension quasi continue de la sphère publique jusqu'au début des années 1990 : construction de la sécurité sociale, nationalisations, extension des services publics, puis absorption du choc du chômage de masse par la dépense sociale et les plans de relance successifs.

Depuis le traité de Maastricht (1992) et l'entrée dans l'euro, la contrainte budgétaire européenne pèse sur la trajectoire sans jamais la faire vraiment reculer : la France reste, avec la Finlande et quelques autres, parmi les pays où la dépense publique est la plus élevée rapportée au PIB — l'État reste un acteur économique central, quelle que soit l'orientation politique des gouvernements.

Le choc covid de 2020 porte la dépense à un niveau inédit, avant un reflux partiel qui ne ramène pas le curseur à son niveau d'avant-crise. Cette masse de dépense publique est aussi ce qui rend l'État un enjeu de pouvoir majeur : la question de savoir à qui profitent ces dépenses — investissement productif, protection sociale, ou soutien direct aux entreprises — est au cœur des contradictions étudiées dans les autres graphiques de cette carte.

La pression fiscale globale

1960–2023 INSEE · comptes nationaux ; OCDE publié le 4 septembre 2026

Le taux de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) rapporté au PIB — la contrepartie fiscale de l'État providence, et l'un des plus élevés des pays développés.

Montee fordiste (1960-1980) — Extension des cotisations sociales et de la fiscalite pour financer l'État providence naissant : 27 % a 40 % du PIB. Montee Plateau eleve (1980-2000) — Stabilisation a un niveau deja tres eleve, la France s'installant durablement parmi les pays les plus fiscalises de l'OCDE. Plateau Nouveaux sommets (2000-2023) — Poursuite de la hausse tendancielle malgre les discours de baisse d'impots, jusqu'a de nouveaux records au debut des annees 2020. Sommets 25 30 35 40 45 50 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 ≈46 %

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Taux de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales effectives) rapporté au PIB, France. Source : INSEE, comptes nationaux ; OCDE, statistiques des recettes publiques.
Lecture

La montée du taux de prélèvements obligatoires entre 1960 et 1980 est le miroir fiscal de la construction de l'État providence documentée par le graphique précédent : sécurité sociale, retraites par répartition et services publics se financent par une fiscalité et des cotisations sociales croissantes.

Depuis les années 1980, la France s'installe durablement parmi les pays de l'OCDE au taux de prélèvements obligatoires le plus élevé — malgré des décennies de discours politiques promettant la baisse des impôts, quelle que soit la couleur des gouvernements.

Cette pression fiscale globale masque cependant une question de rapport de forces bien plus fine que le seul niveau agrégé : qui, de la bourgeoisie, du salariat ou des indépendants, supporte effectivement la charge ? C'est précisément ce que documentent les graphiques sur la fiscalité des entreprises et les cotisations des indépendants, ailleurs sur cette carte.

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Bourgeoisie

Structure de la classe capitaliste, profits, concentration du capital, fractions de la bourgeoisie.

La concentration du patrimoine

1970–2023 WID.world · Garbinti, Goupille-Lebret & Piketty publié le 4 septembre 2026

La part de la richesse nette totale détenue par le centile le plus riche des ménages — la mesure la plus directe de la concentration du capital entre les mains de la bourgeoisie.

Compression fordiste tardive (1970-1985) — L'inflation et une fiscalite encore progressive continuent de comprimer les patrimoines herites ; la part du 1% recule de 20 a 15 %. Compression Retournement liberal (1985-2000) — Deregulation financiere, privatisations et levee du controle des changes relancent la concentration : 15 % a 18 %. Retournement Financiarisation acceleree (2000-2010) — La generalisation de la valeur actionnariale, puis la crise de 2008 elle-meme, ne freinent pas la tendance : 18 % a 21 %. Financiarisation Concentration post-crise (2010-2023) — Taux d'interet quasi nuls et rachats massifs d'actifs par les banques centrales gonflent la valeur du capital financier et immobilier detenu par les plus riches : 21 % a 25 %. Post-crise 12 16 20 24 28 1970 1980 1990 2000 2010 2020 25 %

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Part de la richesse nette totale des ménages détenue par le centile (1 %) le plus riche, France. Source : World Inequality Database (WID.world), séries longues Garbinti, Goupille-Lebret & Piketty sur la répartition des patrimoines en France.
Lecture

La courbe dessine un profil en U dissymétrique. Le point bas se situe au milieu des années 1980, prolongement tardif de la compression des patrimoines engagée par les guerres, l'inflation et une fiscalité progressive plus mordante — l'héritage de la période 1945-1980 continue d'éroder les grandes fortunes quelques années après la fin officielle du fordisme.

À partir de 1985, le mouvement s'inverse durablement. La libéralisation financière (suppression du contrôle des changes en 1989, développement des marchés d'actions et d'obligations, ouverture du capital des entreprises publiques) crée les conditions d'une remontée continue, que ni la crise de 2001 ni celle de 2008 ne parviennent à interrompre durablement.

Depuis 2010, les politiques monétaires non conventionnelles (taux directeurs proches de zéro, rachats d'actifs) ont eu un effet direct sur la valorisation des patrimoines financiers et immobiliers, très concentrés dans le haut de la distribution. Le centile supérieur capte ainsi une part croissante de la richesse nationale, à contre-courant du discours sur une société de propriétaires diffuse.

Le poids des dividendes

1970–2023 INSEE · comptes nationaux ; Duménil & Lévy publié le 4 septembre 2026

La part de l'excédent brut d'exploitation des sociétés non financières distribuée en dividendes plutôt que réinvestie — le marqueur direct de la financiarisation de la bourgeoisie industrielle.

Rapport salarial fordiste (1970-1982) — L'excedent brut d'exploitation finance d'abord l'investissement productif ; les dividendes restent marginaux, sous 8 %. Fordisme Deregulation financiere (1983-1995) — Ouverture du capital des entreprises, developpement des marches financiers : la part des dividendes plus que double, de 8 a 18 %. Deregulation Gouvernance actionnariale (1995-2008) — La norme de la valeur actionnariale s'impose dans les grands groupes ; choc net en 2008 mais la tendance de fond reste haussiere. Gouvernance Normalisation financiarisee (2010-2023) — Malgre le choc covid de 2020, la part des dividendes se stabilise a un niveau structurellement eleve, autour de 25-30 %. Normalisation 0 8 16 24 32 1970 1980 1990 2000 2010 2020 30 %

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Dividendes versés rapportés à l'excédent brut d'exploitation des sociétés non financières (SNF), France. Source : INSEE, comptes nationaux ; périodisation d'après Duménil & Lévy, Capital Resurgent (2004) et La Grande Bifurcation (2014).
Lecture

Jusqu'au début des années 1980, l'entreprise fordiste réinvestit l'essentiel de son excédent : la distribution de dividendes reste une pratique secondaire, subordonnée à l'accumulation productive et au maintien du plein emploi.

La bascule des années 1983-1995 correspond exactement à la période identifiée par Duménil et Lévy comme celle de la « restauration du pouvoir financier » — dérégulation des marchés de capitaux, ouverture aux investisseurs institutionnels, primauté croissante donnée à la rémunération de l'actionnaire sur le réinvestissement.

Depuis le tournant des années 2000, la part distribuée se maintient à un niveau élevé quelle que soit la conjoncture : ni la crise de 2008 ni la récession covid de 2020 n'ont durablement inversé la tendance. C'est la preuve, au niveau macroéconomique, que la fraction financière de la bourgeoisie a durablement imposé ses normes de gestion à l'ensemble du capital productif.

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Prolétariat

Composition de la classe travailleuse, salaires, conditions de travail, syndicalisation.

L'effondrement syndical

1949–2023 DARES ; OCDE, base ICTWSS publié le 4 septembre 2026

Le taux de syndicalisation des salariés — la mesure la plus directe de la capacité organisationnelle du prolétariat, de la classe « en soi » à la classe « pour soi ».

Reconstruction et CNR (1949-1968) — Syndicalisme de masse adosse aux nationalisations et aux grandes entreprises publiques issues du programme du CNR. Reconstruction Apogee et reflux amorce (1968-1982) — Mai 68 puis les lois Auroux (1982) marquent un sommet institutionnel, alors meme que la desindustrialisation entame deja les bastions ouvriers. Apogee Effondrement neoliberal (1982-1995) — Desindustrialisation massive, chomage de masse, flexibilisation du contrat de travail : le taux chute de 18 a 10 %. Effondrement Plancher europeen (1995-2023) — La France se stabilise durablement au taux de syndicalisation le plus bas de l'OCDE, autour de 8 a 10 %. Plancher 0 8 16 24 32 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 ≈10 %

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Taux de syndicalisation (adhérents rapportés aux salariés), France entière, tous secteurs. Source : DARES ; OCDE, base de données ICTWSS sur les relations professionnelles.
Lecture

La trajectoire est celle d'un déclin de très longue durée, à peine interrompu par les grandes séquences de mobilisation (1968, 1981-1982). Le compromis fordiste avait fait du syndicalisme un acteur institutionnel central ; sa base sociale — les grands bastions industriels — s'est effondrée avec eux.

La chute la plus brutale se produit entre 1982 et 1995, exactement la période de la désindustrialisation accélérée et de la libéralisation du marché du travail. Ce n'est pas seulement le nombre de syndiqués qui recule, c'est le rapport de forces global qui bascule au profit du capital.

Depuis le milieu des années 1990, le taux se stabilise à un plancher très bas — la France a l'un des taux de syndicalisation les plus faibles des pays développés, malgré une couverture conventionnelle qui reste étendue par le mécanisme de l'extension administrative. Le paradoxe français : une classe ouvrière très couverte sur le papier, très peu organisée dans les faits.

La normalisation de la précarité

1982–2023 INSEE · enquête Emploi publié le 4 septembre 2026

La part des contrats à durée déterminée et de l'intérim dans l'emploi salarié — la mesure de l'instabilité contractuelle imposée à une fraction croissante du prolétariat.

Legalisation de la flexibilite (1982-1990) — Les ordonnances de 1982 autorisent et encadrent le recours au CDD et a l'interim : la part passe de 5 a 8 %. Legalisation Normalisation (1990-2008) — Le contrat court devient la porte d'entree standard sur le marche du travail, notamment pour les jeunes et les moins qualifies : 8 a 11 %. Normalisation Plateau eleve (2008-2023) — Malgre plusieurs reformes du marche du travail, la part se stabilise a un niveau structurellement haut, autour de 13 %. Plateau 0 4 8 12 16 1982 1990 2000 2010 2023 13 %

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Part des emplois en contrat à durée déterminée et en intérim dans l'ensemble de l'emploi salarié, France métropolitaine. Source : INSEE, enquête Emploi en continu.
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Le contrat à durée déterminée et l'intérim sont légalisés et encadrés par les ordonnances de 1982 — au moment même où le chômage de masse s'installe durablement. En une décennie, ce qui devait rester une exception encadrée devient un mode d'embauche courant.

Entre 1990 et 2008, la précarité contractuelle se banalise : elle devient, pour une fraction croissante de jeunes et de travailleurs peu qualifiés, la porte d'entrée quasi obligée sur le marché du travail avant un éventuel CDI — quand il advient.

Depuis la crise de 2008, la part se stabilise à un niveau élevé malgré des réformes présentées comme favorables à l'emploi stable (loi Travail de 2016, ordonnances de 2017). Le contrat court n'est plus un sas transitoire : il est devenu une composante structurelle de la reproduction du salariat.

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Petite bourgeoisie

Indépendants, professions libérales, petits commerçants et petits patrons : une position intermédiaire, tiraillée entre bourgeoisie et prolétariat.

L'érosion puis le renouveau des indépendants

1962–2023 INSEE · recensements et enquête Emploi publié le 4 septembre 2026

La part des non-salariés dans l'emploi total — le déclin de la petite-bourgeoisie traditionnelle (paysannerie, artisanat, commerce), suivi d'un renouveau inattendu par la marge.

Erosion de la paysannerie et de l'artisanat (1962-1990) — Exode agricole et concentration commerciale font reculer la petite-bourgeoisie traditionnelle : 25 % a 12 % de l'emploi total. Erosion Point bas historique (1990-2008) — Le travail independant atteint son plancher, autour de 9 %, marginalise par le salariat generalise. Point bas Reforme auto-entrepreneur (2009) — La creation du statut de micro-entrepreneur en 2009 declenche une rupture nette de tendance. Rupture Renouveau par la marge (2009-2023) — Une nouvelle petite-bourgeoisie independante se developpe, souvent liee aux plateformes numeriques et au travail d'appoint : 10 % a 13 %. Renouveau 0 6 12 18 24 30 1962 1970 1980 1990 2000 2010 2020 13 %

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Part des non-salariés (indépendants, employeurs et aides familiaux) dans l'emploi total, France métropolitaine. Source : INSEE, recensements de la population et enquête Emploi en continu.
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Pendant près de trente ans, la trajectoire est celle d'un déclin classique : l'exode rural achève de vider les campagnes de leurs paysans propriétaires, tandis que la grande distribution et la sous-traitance industrielle rongent l'artisanat et le petit commerce indépendant décrits par Marx comme voués à la prolétarisation ou à la faillite.

Au tournant des années 2000, le travail indépendant touche un plancher historique — la salarisation semble s'être imposée comme la forme quasi universelle de l'emploi en France.

La création du statut d'auto-entrepreneur en 2009 inverse la courbe. Mais ce renouveau ne restaure pas la petite-bourgeoisie traditionnelle : il produit une nouvelle catégorie d'indépendants, souvent sans salarié, sans capital productif propre et économiquement dépendants d'un donneur d'ordre ou d'une plateforme — plus proches, dans les faits, de la condition prolétarienne que de la petite entreprise classique.

La montée des cadres

1982–2023 INSEE · professions et catégories socioprofessionnelles publié le 4 septembre 2026

La part des cadres et professions intellectuelles supérieures dans l'emploi total — l'essor de la petite-bourgeoisie nouvelle, salariée, prise entre fonctions d'encadrement et statut de vendeur de force de travail.

Emergence tertiaire (1982-1990) — La tertiarisation de l'economie developpe les fonctions d'encadrement et d'expertise : 10 % a 12 % de l'emploi total. Emergence Croissance continue (1990-2008) — Essor des services aux entreprises et elevation generale du niveau de qualification : 12 % a 16 %. Croissance Poursuite recente (2008-2023) — La part des cadres continue de croitre meme apres la crise financiere, jusqu'a depasser 20 % de l'emploi total. Poursuite 0 6 12 18 24 1982 1990 2000 2010 2023 ≈20 %

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Part des cadres et professions intellectuelles supérieures (catégorie socioprofessionnelle INSEE) dans l'emploi total, France métropolitaine. Source : INSEE, enquête Emploi.
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La catégorie des cadres est la traduction statistique la plus directe de ce que le cadre théorique appelle la « petite-bourgeoisie nouvelle » : des salariés qui exercent des fonctions de contrôle du travail d'autrui, sans posséder eux-mêmes de moyens de production.

Sa croissance ininterrompue depuis 1982 — la part a doublé en quarante ans — accompagne la tertiarisation de l'économie française et l'élévation générale du niveau de qualification requis à l'embauche.

Le statut de cette fraction reste structurellement ambivalent, comme le souligne le débat Poulantzas / Braverman évoqué dans le cadre théorique : identification au mode de vie et aux intérêts de la bourgeoisie par la fonction d'encadrement et le niveau de vie, mais vulnérabilité proprement prolétarienne par le statut de salarié — dépendance au marché du travail, exposition aux restructurations, absence de propriété productive propre.

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État – Bourgeoisie

Subventions, fiscalité du capital, régulation, capture de l'appareil d'État par les intérêts patronaux.

La baisse continue de l'impôt sur les sociétés

1985–2023 Direction générale du Trésor ; législation fiscale française publié le 4 septembre 2026

Le taux nominal de l'impôt sur les sociétés — l'indicateur le plus direct et le mieux documenté de la capture fiscale de l'État par les intérêts de la bourgeoisie.

Sommet fordiste tardif (1985-1988) — Le taux nominal culmine a 50 %, heritage de la fiscalite des annees 1970. Sommet Premieres baisses (1988-2000) — Reductions successives sous les gouvernements de droite comme de gauche : 50 % a 33,33 %. Premieres baisses Stabilite relative (2000-2017) — Le taux se stabilise a 33,33 %, un des plus eleves d'Europe, avant une nouvelle vague de baisses. Stabilite Trajectoire de baisse programmee (2017-2022) — Loi de finances 2018 : trajectoire legale de baisse jusqu'a 25 %, alignant la France sur la moyenne europeenne. Baisse programmee 20 30 40 50 1985 1990 2000 2010 2018 2023 25 %

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Taux nominal (légal) de l'impôt sur les sociétés, France, taux normal hors contributions additionnelles. Source : Direction générale du Trésor ; textes de loi de finances successifs.
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Le taux nominal de l'impôt sur les sociétés a été divisé par deux en moins de quarante ans, passant de 50 % au milieu des années 1980 à 25 % depuis 2022 — une trajectoire de baisse continue, poursuivie par des majorités de droite comme de gauche, ce qui en fait un cas d'école de continuité de la politique fiscale envers le capital au-delà des alternances.

Cette baisse s'inscrit explicitement dans une logique de compétition fiscale internationale : chaque gouvernement justifie la réforme par la nécessité d'aligner la fiscalité française sur celle de ses voisins européens, dans une course déjà bien documentée par la littérature sur le « dumping fiscal » intra-européen.

Le résultat net, au regard du cadre théorique de cette carte, est net : l'État — loin d'être un arbitre neutre — a organisé sur quatre décennies un allégement continu et concerté de la contribution fiscale directe de la bourgeoisie, quel que soit par ailleurs le niveau, resté élevé, des prélèvements obligatoires globaux documentés sur le nœud État.

La montée des aides publiques aux entreprises

1985–2023 France Stratégie ; IPP ; Cour des comptes publié le 4 septembre 2026

Le montant cumulé des aides publiques aux entreprises (subventions, exonérations et crédits d'impôt) rapporté au PIB — le versant positif, et moins visible, de la relation entre l'État et la bourgeoisie.

Aides sectorielles cibleés (avant 2000) — Les aides publiques restent d'ampleur limitee et concentrees sur quelques secteurs en difficulte (siderurgie, textile). Aides ciblees Multiplication des dispositifs (2000-2012) — Extension des exonerations de cotisations sur les bas salaires et des credits d'impot sectoriels. Multiplication Crédit d'impôt compétitivité puis transformation (2013-2023) — Creation du CICE (2013) puis sa transformation en baisse perenne de cotisations : le total des aides publiques franchit un nouveau palier, autour de 7 % du PIB. CICE et suite 0 2 4 6 8 1985 1995 2005 2015 2023 ≈7 %

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Estimation du montant cumulé des aides publiques aux entreprises (subventions directes, exonérations de cotisations sociales, dépenses fiscales ciblées), en % du PIB, France. Source : France Stratégie, rapports du comité de suivi du CICE ; Institut des politiques publiques (IPP) ; Cour des comptes. Chiffres d'ordre de grandeur, la définition exacte du périmètre variant selon les études.
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Longtemps circonscrites à quelques secteurs en reconversion, les aides publiques aux entreprises se sont multipliées et généralisées à partir des années 2000, avec en particulier les allégements de cotisations sociales sur les bas salaires destinés à réduire le coût du travail peu qualifié.

La création du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en 2013, puis sa transformation en baisse pérenne de cotisations sociales en 2019, marque un saut d'échelle : le total des aides publiques aux entreprises atteint désormais un ordre de grandeur comparable, voire supérieur, à certains postes majeurs du budget de l'État.

Mis en regard du graphique sur la baisse de l'impôt sur les sociétés, ce mouvement dessine une politique fiscale à double détente : moins de prélèvement direct sur le profit, et davantage de soutien public explicite à la rentabilité des entreprises — deux faces d'un même mouvement de long terme dans la relation entre l'État et la bourgeoisie.

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État – Prolétariat

Protection sociale, droit du travail, répression, conflictualité avec les mouvements sociaux.

L'extension de la protection sociale

1960–2023 DREES · comptes de la protection sociale publié le 4 septembre 2026

Les dépenses de protection sociale rapportées au PIB — le salaire indirect construit par la lutte de classe et administré par l'État, principale contrepartie sociale offerte au prolétariat.

Construction du systeme (1960-1975) — Generalisation de la securite sociale et des regimes de retraite complementaire : 14 % a 20 % du PIB. Construction Absorption du chomage de masse (1975-1993) — L'explosion du chomage a partir du choc petrolier fait fortement croitre les depenses sociales : 20 % a 27 %. Absorption Plateau eleve (1993-2019) — Stabilisation a un niveau tres eleve, la France devenant l'un des pays au systeme de protection sociale le plus developpe au monde. Plateau Choc covid (2019-2023) — Nouveau pic avec la crise sanitaire, avant reflux partiel autour de 31-32 %. Choc covid 10 15 20 25 30 35 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 ≈32 %

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Dépenses de protection sociale (maladie, vieillesse, famille, chômage, pauvreté-exclusion) rapportées au PIB, France. Source : DREES, comptes de la protection sociale.
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La croissance des dépenses de protection sociale entre 1960 et 1975 accompagne la généralisation du système de sécurité sociale issu du programme du Conseil national de la résistance — le versant social du compromis fordiste, arraché par un rapport de forces favorable au mouvement ouvrier organisé.

Le choc pétrolier et l'explosion du chômage de masse à partir du milieu des années 1970 transforment la nature de cette dépense : elle devient de plus en plus un amortisseur social face à la crise industrielle plutôt qu'un pur instrument de progrès social, sans jamais refluer une fois les droits acquis.

Depuis le milieu des années 1990, le niveau se stabilise très haut, la France occupant l'une des toutes premières places mondiales pour le poids de sa protection sociale — un acquis historique de la lutte de classe, mais aussi une dépense régulièrement présentée comme un problème de compétitivité par la fraction patronale, ce qui en fait un terrain de conflit permanent entre l'État, le prolétariat et la bourgeoisie.

Le pouvoir d'achat du salaire minimum

1970–2023 INSEE, DARES · SMIC net mensuel en euros constants publié le 4 septembre 2026

Le SMIC net mensuel en pouvoir d'achat — le plancher salarial fixé par la loi, principal instrument direct par lequel l'État régule le rapport salarial à la base de la hiérarchie du prolétariat.

Creation et rattrapage (1970-1983) — Creation du SMIC en 1970 puis indexation generalisee sur les prix et coups de pouce frequents : plus de 40 % de gain de pouvoir d'achat en treize ans. Rattrapage Desinflation competitive (1983-1995) — Desindexation partielle et moderation salariale generale : la progression du SMIC reel ralentit fortement. Desinflation Convergence des SMIC puis stabilisation (1995-2023) — Harmonisation des differents SMIC issus des 35 heures (2005), puis progression plus lente, essentiellement liee aux mecanismes d'indexation legale. Convergence 700 900 1100 1300 1500 1970 1980 1990 2000 2010 2023 ≈1440 €

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SMIC net mensuel pour 151,67 heures, en euros constants 2023 (déflaté de l'indice des prix à la consommation). Source : INSEE, indices des prix ; DARES, séries longues sur le SMIC.
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La création du SMIC en 1970 et son indexation légale sur les prix et pour partie sur les salaires moyens produisent, pendant plus d'une décennie, une progression continue et rapide du pouvoir d'achat du salaire minimum — la traduction directe, au bas de l'échelle salariale, du rapport de forces favorable au prolétariat pendant les dernières années du fordisme.

Le tournant de la désinflation compétitive (1983) change radicalement le rythme : la désindexation partielle du SMIC sur les salaires et la priorité donnée à la lutte contre l'inflation ralentissent durablement sa progression réelle, même si le mécanisme légal de revalorisation minimale subsiste et continue, bon an mal an, à faire progresser le seuil.

Depuis le milieu des années 1990, la progression se poursuit mais à un rythme très inférieur à celui des décennies précédentes. Le SMIC reste néanmoins un rapport de forces institutionnalisé : c'est l'un des rares leviers par lesquels l'État continue de fixer directement, par la loi, un plancher au rapport salarial — ce qui explique qu'il demeure un enjeu politique récurrent entre gouvernements, organisations patronales et syndicats.

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État – Petite bourgeoisie

Fiscalité des indépendants, régimes sociaux spécifiques, statut de la petite entreprise face à la réglementation.

L'explosion du statut auto-entrepreneur

2009–2023 INSEE, ACOSS-URSSAF · micro-entrepreneurs publié le 4 septembre 2026

Le nombre de micro-entrepreneurs (auto-entrepreneurs) économiquement actifs — la traduction la plus directe de la façon dont une réforme de l'État a recréé, par le droit, une nouvelle petite-bourgeoisie de masse.

Lancement du regime (2009-2012) — Creation du statut d'auto-entrepreneur (loi de modernisation de l'economie, 2008) : adoption rapide, environ 600 000 actifs des 2012. Lancement Montee en puissance (2012-2018) — Simplifications successives du regime, essor du travail de plateforme : le nombre d'actifs plus que double. Montee en puissance Accélération recente (2018-2023) — Nouvelle acceleration liee a la generalisation des plateformes numeriques et aux effets de la crise covid sur l'emploi : plus de 2,3 millions d'actifs. Acceleration 0 0.5 1 1.5 2 2.5 2009 2012 2015 2018 2021 2023 ≈2,3 M

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Nombre de micro-entrepreneurs économiquement actifs (ayant déclaré un chiffre d'affaires positif), France. Source : INSEE ; ACOSS-URSSAF, tableaux de bord trimestriels de l'auto-entrepreneuriat.
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En quinze ans, l'État a littéralement créé par la loi une catégorie sociale de masse : le statut de micro-entrepreneur, conçu à l'origine pour simplifier la création d'activité indépendante, a produit une explosion du nombre d'indépendants sans précédent depuis la fin de l'exode rural.

Cette dynamique n'est pas seulement une affaire de simplification administrative : elle a directement accompagné, et en partie permis, l'essor du travail de plateforme documenté ailleurs sur cette carte, en offrant aux entreprises numériques un cadre juridique pour externaliser une main-d'œuvre sans les protections du salariat.

L'État apparaît ici comme un acteur actif dans la recomposition des classes : ce n'est pas la petite-bourgeoisie traditionnelle qui se maintient, c'est une politique publique délibérée qui produit une nouvelle frange indépendante, aux caractéristiques économiques et sociales très différentes de l'artisanat ou du commerce classiques.

La transformation des créations d'entreprises

2000–2023 INSEE · répertoire des entreprises (REE-Sirene) publié le 4 septembre 2026

Le nombre annuel de créations d'entreprises en France, avant et après la réforme du régime auto-entrepreneur — l'effet d'une décision d'État sur la démographie de la petite entreprise indépendante.

Regime classique (2000-2008) — Creations d'entreprises 'classiques' (societes, entreprises individuelles de droit commun), autour de 280 000 a 330 000 par an. Regime classique Choc de la reforme (2009-2010) — Entree en vigueur du regime auto-entrepreneur au 1er janvier 2009 : le nombre de creations plus que double en un an. Choc reforme Nouveau regime durable (2010-2023) — Les creations sous statut de micro-entrepreneur deviennent majoritaires et continuent de croitre, portant le total annuel a plus d'un million en 2023. Nouveau regime 0 275 550 825 1100 2000 2005 2009 2015 2019 2023 ≈1,05 M

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Nombre total de créations d'entreprises par an, toutes formes juridiques confondues (dont micro-entrepreneurs depuis 2009), France. Source : INSEE, répertoire des entreprises et des établissements (Sirene).
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Avant 2009, la démographie des entreprises françaises évolue lentement, portée par les formes juridiques classiques — entreprise individuelle de droit commun, société — dont la création implique des démarches et des charges administratives plus lourdes.

L'entrée en vigueur du régime auto-entrepreneur au 1er janvier 2009 provoque une rupture statistique nette et immédiate : le nombre de créations d'entreprises plus que double en une seule année, la quasi-totalité de la hausse provenant du nouveau statut simplifié.

Depuis, la micro-entreprise est devenue la forme très majoritaire de création d'activité indépendante en France. Ce basculement illustre, au niveau le plus agrégé, la centralité du droit et de la décision publique dans la production même des catégories statistiques de classe — la « petite-bourgeoisie » d'aujourd'hui est, pour une large part, un artefact direct d'un choix réglementaire de l'État.

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Bourgeoisie – Petite bourgeoisie

Dépendance vis-à-vis du grand capital, sous-traitance, concurrence des grands groupes et des grandes surfaces.

La concentration de la distribution

1970–2023 INSEE, comptes du commerce ; Kantar Worldpanel publié le 4 septembre 2026

La part de la grande distribution dans le commerce de détail alimentaire — la mesure directe du rapport de forces entre grands groupes capitalistes et petit commerce indépendant.

Essor des grandes surfaces (1970-1990) — Implantation massive des hypermarches et supermarches sur tout le territoire, au detriment du petit commerce independant : 15 % a 55 %. Essor Maturite et concentration (1990-2010) — Poursuite de la concentration ; un petit nombre de groupes finit par dominer l'essentiel du secteur : 55 % a 70 %. Maturite Plateau eleve (2010-2023) — Stabilisation a un niveau tres eleve, les memes groupes recuperant meme une partie du 'commerce de proximite' et du e-commerce alimentaire. Plateau 0 20 40 60 80 1970 1980 1990 2000 2010 2023 ≈72 %

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Part de marché de la grande distribution (hyper- et supermarchés, enseignes de hard discount) dans le commerce de détail alimentaire, France. Source : INSEE, comptes du commerce ; panels de consommation Kantar Worldpanel. Chiffres d'ordre de grandeur, estimation à partir de séries partielles.
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En deux décennies, l'implantation systématique des grandes surfaces à la périphérie des villes françaises fait plus que quadrupler la part de marché de la grande distribution — au prix de la disparition d'un tissu dense de commerces indépendants qui formait, avec l'artisanat, le cœur historique de la petite-bourgeoisie urbaine.

Ce mouvement n'est pas seulement commercial : il traduit un rapport de forces économique direct entre le grand capital de la distribution — capable d'imposer ses prix et ses délais aux producteurs comme aux petits concurrents — et une petite-bourgeoisie commerçante structurellement incapable de rivaliser sur les coûts.

Depuis 2010, la part se stabilise à un niveau très élevé. Le petit commerce qui subsiste ou renaît dans les centres-villes reste très largement sous la coupe des mêmes grands groupes, qui rachètent ou franchisent une partie du « commerce de proximité » plutôt que de laisser se reconstituer une petite-bourgeoisie commerçante réellement indépendante.

Les délais de paiement imposés

1990–2023 Banque de France, Observatoire des délais de paiement publié le 4 septembre 2026

Le délai de paiement moyen imposé aux fournisseurs — la mesure d'un pouvoir de négociation structurellement favorable aux grandes entreprises donneuses d'ordre, aux dépens de leurs sous-traitants indépendants.

Delais tres longs (avant 2000) — En l'absence de plafond legal contraignant, les grandes entreprises imposent des delais de paiement tres longs a leurs sous-traitants : plus de 65 jours. Avant regulation Premieres regulations (2000-2008) — Loi NRE (2001) puis loi de modernisation de l'economie, LME (2008), plafonnant progressivement les delais legaux. Regulation Convergence lente (2008-2023) — Malgre la loi, la France reste durablement au-dessus de la moyenne europeenne ; le delai reel plafonne autour de 48-50 jours. Convergence 40 48 56 64 72 1990 1995 2000 2008 2015 2023 ≈48 j

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Délai de paiement moyen constaté entre entreprises (fournisseurs), France. Source : Banque de France, Observatoire des délais de paiement, rapports annuels. Chiffres d'ordre de grandeur, série reconstituée à partir des rapports disponibles.
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Un délai de paiement long revient, pour la grande entreprise donneuse d'ordre, à se faire financer gratuitement par sa chaîne de sous-traitants — souvent des petites entreprises indépendantes à la trésorerie fragile. C'est un rapport de forces économique qui ne passe ni par le salaire ni par l'impôt, mais par le crédit commercial.

La loi de modernisation de l'économie de 2008 instaure pour la première fois un plafond légal strict (60 jours, ou 45 jours fin de mois), après des années de dérive où certains grands groupes payaient leurs fournisseurs à plus de 90 jours.

Depuis, le délai moyen constaté converge lentement vers la norme légale sans jamais la dépasser franchement à la baisse : la France reste structurellement moins bien placée que ses voisins européens. Le rapport de dépendance de la petite entreprise sous-traitante envers le grand donneur d'ordre reste, dans les faits, largement à l'avantage de ce dernier.

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Prolétariat – Petite bourgeoisie

Prolétarisation des indépendants, ambiguïté de classe, alliances et tensions dans les mobilisations.

Des indépendants sous le SMIC

2009–2023 INSEE, base non-salariés publié le 4 septembre 2026

La part des non-salariés dont le revenu d'activité annuel est inférieur au SMIC net — le brouillage statistique de la frontière entre indépendance entrepreneuriale et condition prolétarienne.

Choc auto-entrepreneur (2009-2015) — Afflux massif de micro-entrepreneurs a l'activite d'appoint, souvent secondaire ou tres precaire : la part sous le SMIC bondit de 25 % a 42 %. Choc Stabilisation a un niveau eleve (2015-2023) — Plus de deux non-salaries sur cinq ont un revenu d'activite annuel inferieur au SMIC net, un niveau qui se maintient malgre les creations d'entreprises 'classiques'. Stabilisation 0 10 20 30 40 50 2009 2012 2015 2018 2021 2023 ≈43 %

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Part des non-salariés (hors agriculture) dont le revenu d'activité annuel est inférieur au SMIC net annuel, France. Source : INSEE, base non-salariés ; estimation d'ordre de grandeur construite à partir des publications disponibles sur le régime du micro-entrepreneuriat.
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Avant la réforme de 2009, les non-salariés sont très majoritairement des artisans, commerçants ou professions libérales installés, dont le revenu d'activité dépasse largement le SMIC — la figure classique de la petite-bourgeoisie traditionnelle décrite par le cadre théorique.

La création du statut de micro-entrepreneur bouleverse cette photographie. Une masse de nouveaux indépendants entre dans les statistiques avec une activité d'appoint, secondaire, ou de subsistance — livraison, services à la personne, petites prestations numériques — dont le revenu réel est très inférieur à celui d'un salarié au SMIC.

Le résultat est un déplacement statistique majeur : le statut juridique d'« indépendant » recouvre désormais, pour une fraction considérable, une condition de revenu et de dépendance économique plus proche du prolétariat précarisé que de la petite entreprise indépendante classique — ce que le cadre théorique désigne comme l'ambiguïté de classe de cette nouvelle frange.

L'essor des travailleurs de plateforme

2015–2023 URSSAF, DARES, rapports parlementaires publié le 4 septembre 2026

Le nombre de livreurs et chauffeurs de plateforme actifs en France — une nouvelle figure hybride, juridiquement indépendante mais économiquement subordonnée comme un salarié.

Emergence (2015-2017) — Arrivee et multiplication des plateformes de VTC et de livraison a velo dans les grandes villes francaises, depuis une base quasi nulle. Emergence Generalisation (2017-2021) — Extension a de nombreuses villes moyennes ; le statut d'auto-entrepreneur est systematise pour ces travailleurs. Generalisation Plateau eleve et contentieux (2021-2023) — La croissance se poursuit malgre une serie de decisions de justice requalifiant certaines relations de travail en salariat deguise. Contentieux 0 50 100 150 200 2015 2017 2019 2021 2023 ≈200 000

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Estimation du nombre de travailleurs actifs des plateformes de mobilité (VTC) et de livraison en France. Source : URSSAF, DARES, rapports parlementaires sur le travail de plateforme ; ordre de grandeur reconstitué à partir des estimations disponibles, la mesure statistique officielle restant incomplète.
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En moins de dix ans, une population de plusieurs centaines de milliers de travailleurs s'est constituée autour des plateformes numériques de mobilité et de livraison — un phénomène quasiment inexistant avant le milieu des années 2010.

Statutairement, ces travailleurs sont des indépendants, souvent sous le régime du micro-entrepreneuriat évoqué par ailleurs. Mais économiquement, ils sont dans une situation de subordination de fait à une plateforme qui fixe les prix, les algorithmes de répartition des courses et les conditions d'accès à l'activité — sans les protections sociales attachées au salariat.

Cette figure hybride est devenue l'un des terrains privilégiés du contentieux juridique sur la requalification du travail de plateforme en salariat déguisé, en France comme dans plusieurs pays européens. Elle illustre de façon aiguë l'ambiguïté de classe déjà identifiée pour l'ensemble de la « nouvelle » frange indépendante : le statut juridique de petite-bourgeoisie masque, dans les faits, une condition largement prolétarisée.

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Bourgeoisie – Prolétariat

Rapport salarial, partage de la valeur ajoutée, composition de la classe ouvrière : le point de contact direct entre capital et travail.

Les deux graphiques juste au-dessus du schéma portent sur cet axe.

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