En 1974, l'industrie occupe 5,5 millions de personnes, près d'un emploi sur quatre. En 2024, elle en occupe 3,1 millions, un sur dix. La pente est presque ininterrompue : 22,8 % en 1980, 20,3 % en 1985, 16,2 % en 1995, 12,2 % en 2008, puis une stabilisation autour de 10 % depuis le milieu des années 2010.
Ce recul n'est pas la disparition de la classe ouvrière, c'est son déplacement et sa dispersion. Une partie du travail industriel a été externalisée puis recomptée en services — intérim, logistique, nettoyage, maintenance ; une autre a été délocalisée ; le prolétariat de service a pris le relais du prolétariat d'usine. Ce qui change, c'est la forme : des collectifs de travail plus petits, plus éclatés, moins syndiqués, où l'expérience commune qui faisait la force politique des bastions industriels se reconstitue mal.
Rapporté à la question du pouvoir, ce mouvement accompagne celui du graphique précédent : le reflux de l'emploi industriel affaiblit la bourgeoisie industrielle comme fraction et le mouvement ouvrier comme force organisée, au profit d'un bloc où le capital financier et la gestion pèsent davantage. Les deux courbes racontent, par deux entrées différentes, la même recomposition engagée au début des années 1980.